LAND ART, LAISSER PARLER LA NATURE

Land Art, laisser parler la nature
Sculpture de bois géante d'Andy Goldworthy - Photo by Skeeze

Retour aux racines


Le Land Art sort le spectateur des galeries et des musées. C'est l'art pour l'art, pour la beauté en soi, et pour une vie meilleure... De nos jours, résolument écologique.
Le Land Art nous immerge dans des œuvres d'art "in situ", en plein cœur des espaces naturels. Faisant cela, il nous amène à saisir l'incroyable majesté de la nature autant que l'art qui s'y intègre. C'est l'art de la Terre - "Earth Art" à l'origine.

Naturellement artistique


Pour les land'artistes, notre planète est une matrice artistique au plus haut degré. La nature n'est pas un simple élément de décor dans leurs créations. Non, elle est l'oeuvre à part entière, dans laquelle chaque création artistique trouve son sens.
Art végétal, art paysager, "magical land art", dans les espaces publics ou dans les espaces sauvages... Les Land'artistes libèrent leur créativité face l'infinie magnificence de la Nature.

Dialogue entre l'artiste et la terre


Quelles sont les caractéristiques des œuvres land'art ?
  • Les installations se fondent dans le milieu naturel.

  • Elles ont un caractère éphémère. Elles sont vouées à disparaître ou à changer avec le temps en évoluant avec la nature.

  • Ou alors à l'inverse, elles façonnent la nature qui évolue avec elles.

  • La plupart du temps, elles sont composées avec les éléments naturels trouvés sur place.

  • Certaines sont faites à la main.

  • D'autres ajoutent au paysage des matériaux déjà manufacturés.

  • D'autres utilisent des machines de chantier.

  • Car elles peuvent être à taille humaine autant que monumentales.

  • Leur réalisation peut être le fruit d'un geste de quelques secondes autant que de longues heures, voire des mois de travail.


  • Land Art ou "Earth Art": origines


    Dans le courant des années 1960 aux États-Unis, quelques artistes décident de sauver l'art de sa chute vertigineuse dans la marchandisation. A l'époque, c'est une véritable revendication visant à combattre le lien qui unit de plus en plus l'art à sa valeur monétaire, le réserve à une élite argentée, et impose de le montrer dans des galeries ou l'institution muséale.

    Aujourd'hui encore, le Land art est un art qui s'expérimente et ne se vend pas. Mais il faut bien que les artistes vivent. Comment ? En vendant les photos, les films de leurs créations. En éditant des livres. Ou alors en répondant à des commandes de création in-situ dans les espaces naturels.

    Street Art... Un air de similarité


    On retrouve aujourd'hui le même état d'esprit dans le Street Art. Environnement naturel ou en environnement urbain ? Peu importe. C'est une expérience artistique libre, quelque peu sauvage, à vivre in situ dans les espaces publics, et offerte en dehors d'un cadre institutionnel et financier.
    D'ailleurs ces deux arts peuvent se confondre l'un dans l'autre. Quand Geoffroy Mottard crée l'occasion d'arpenter nos villes avec un regard nouveau en coiffant les statues de parures de fleurs, il nous offre la couleur, la magie, la poésie... de la nature.

    Quelques noms et leurs œuvres


    Le Land Art est généralement méconnu du grand public. Pourtant, il a vu naître de superbes créations artistiques et de grands artistes.

    En voici quelques uns des débuts du mouvement aux États-Unis, quand le land art était essentiellement "Earthworks"- des grands travaux de terrassement :
  • Immense tranchée dans la terre (13 mètres de large, 15 mètres de profondeur et 457 mètres de longueur à cheval sur un canyon naturel du Nevada), « Double Negative » de Michael Heizer a littéralement demandé de déplacer des montagnes sous la forme de tonnes de pierres?[1].


  • « Spiral Jetty » de Robert Smithson est une spirale de 500 mètres de long et 4 mètres de large de rochers, boue et cristaux de sel aux bords du Grand Lac Salé de l’Utah aux États-Unis.
    L'artiste est mort depuis, mais son oeuvre suit la destinée qu'il avait tracé pour elle : tandis que l'eau du lac l'a coloré de blanc et de rose, le temps travaille à la décomposer, continuant le travail artistique [2].


  • Au Nouveau-mexique, « The Lightning Field » de Walter de Maria attire les éclairs par temps d'orage grâce à 400 poteaux en acier inoxydable, plantés sur une grille de 1,6 km sur 1km, avec des hauteurs variables (de 4 à 8 mètres de haut) pour compenser les ondulations du terrain et former un plan régulier au sommet.
    Cette installation géante de sculptures est destinée à être appréhendée de l'intérieur : sur réservation pendant six mois par an, on peut aller passer une nuit dans une cabane en rondins sur le site, seul ou en petit groupe [3].


  • Christo et Jeanne-Claude offrent depuis 1964 des projets poétiques géants. Ils s'approprient l'espace en donnant "une dimension sculpturale nouvelle" aux monuments et aux paysages [4a]. Leurs créations artistiques mobilisent des centaines de personnes sur des mois voire des années de travail préparatoire, et restent en place pendant 15 jours.
    Avec « Surrounded Islands », onze îles de la baie de Biscayne à Miami sont encerclées par une ceinture de polypropylène rose fushia sur 11 km. Chaque ceinture suit le contour d'une île, flotte sur l'eau jusqu'à 61 mètres et recouvre les plages comme si elle disparaissait sous la végétation [4b].


  • « SunTunnels » de Nancy Holt est-elle plus connue du grand public ? C'est du Land Art industriel : une installation de quatre immenses tunnels de béton positionnés comme autant de conduits de lumière dans le désert de l'Utah. On peut y voir le lever et le coucher de soleil aux solstices.
    Les tunnels sont percés de trous représentant les quatre constellations de Persée, du Dragon, du Capricorne et de la Colombe - jusqu'aux diamètres des trous qui reflètent la magnitude des étoiles. Ils projettent en miroir l'exacte constellation des points lumineux dans l'obscurité intérieure des tunnels.
    « Il s'agit d'une inversion de la relation ciel/terre - amenant le ciel sur la terre » - Nancy Holt [5].


  • Harmonies et enchantements


    Il y a aussi les mages du Land Art. L'anglais Andy Goldworthy et l'allemand Nils-Udo façonnent des formes à partir des éléments naturels. Ces formes sont sublimées de manière quasi féérique et créent des enchantements en se fondant dans le paysage.
    C'est un art souvent éphémère qui est immédiatement immortalisé par la photographie - la magie peut disparaître en quelques minutes lorsqu'elle est fait de neige ou de glace.
    Le jeune artiste français Ludovic Fesson poursuit actuellement un travail inspiré par ces magiciens enchanteurs avec une orientation résolument géométrique.
    Je vous ai mis une vidéo YouTube sur les œuvres d'Andy Goldworthy : c'est le reportage Rivers and Tides réalisé en 2001 par Thomas Riedelsheimer (Voir ci-après à la fin de l'article après les crédits sources.).

    Lumière sur l'avant-garde


    Mouvements avant-gardistes, Earthworks et Land Art sont nés Outre-Atlantique où ils se sont épanouis. Les institutions académiques et les communautés de recherche universitaire les ont étudiés.
    En France, le Land Art sort de l'ombre depuis une dizaine d'années. On commence tout juste à s'y intéresser tant sous la forme de travaux de recherches universitaires que sous la forme de projets collectifs avec les artistes - comme pendant la Cop 21 de 2015.

    Prise de position et responsabilité


    Le Land art a engendré un "art écologique" ou "art environnemental" politiquement engagé.
    Docteure en Ecologie, Joanne Clavel porte un regard attentif sur ces éco-artistes [6] et [10]. Elle nous raconte que suite à la grande exposition d’art écologique Badlands au Museum of Contemporary Art (MASS MoCa) dans le Massachusetts, une publication a rassemblé des scientifiques et des professionnels de l’art pour présenter les caractéristiques du mouvement et comprendre ses enjeux (« Badlands, new horizons in landscape », Denise Markonish, 2008).
    D'après elle, il en ressort qu'entre esthètes, explorateurs, historiens, et activistes, les éco-artistes aux pratiques extrêmement diversifiées sont unis par un point commun : leur indéfectible engagement.
    Ils privilégient le respect profond de l'environnement pendant les créations artistiques et cherchent à provoquer notre prise de conscience sur la fragilité de la situation actuelle. Leur but est d'enclencher un changement sociétal... Une mutation culturelle est en cours.

    Madeleine
    Co-fondatrice d'Intentionné

    Crédit Photo : Skeeze.
    Source principale : https://www.grapheine.com/divers/land-art-quand-la-nature-se-met-a-loeuvre


    Sources complémentaires :
    [1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Double_Negative_(Heizer)
    [2] https://artzerotrois.wordpress.com/2013/06/27/land-art-temps-espace/
    [3] https://fr.wikipedia.org/wiki/The_Lightning_Field
    [4a]http://www.actuart.org/page-christo-et-jeanne-claude-quand-l-empaquettage-s-approprie-l-espace-pour-creer-la-scupture-8746525.html
    [4b] https://fr.wikipedia.org/wiki/Surrounded_Islands
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Sun_Tunnels
    [6]https://www.cairn.info/revue-natures-sciences-societes-2012-4-page-437.htm# (« L'art écologique : une forme de médiation des sciences de la conservation ? », Joanne Clavel, dans "Natures Sciences Sociétés" 2012/4 (Vol. 20), pages 437 à 447.)


    Pour aller plus loin :
    [7]http://www.nils-udo.com/?lang=fr
    [8]http://www.christojeanneclaude.net
    Un artiste à suivre :
    [9]https://www.behance.net/Wild-idea
    Des travaux de recherche à suivre :
    [10]https://www.groupe-traces.fr/article/regard-sur-les-eco-artistes/

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