DES QUALITÉS RELATIONNELLES GRÂCE À LA FORÊT

Des qualités relationnelles grâce à la forêt

La sylvothérapie aide à développer son intelligence relationnelle, enrichir ses compétences relationnelles et améliorer ses relations.



Suite à la définition de la sylvothérapie et la description d'un bain de forêt, cet article explique :
  • comment les pratiques de sylvothérapie peuvent être mises au service de notre intelligence relationnelle..

  • comment nous pouvons nous inspirer de la forêt pour grandir dans notre savoir-être relationnel..


  • La forêt apporte de nombreux bénéfices à nos relations, que ce soit pour les rendre plus belles, plus saines, ou plus apaisées.
    Elle nous inspire, nous aide à nous recentrer, nous offre un changement de cadre, du recul et de altérité. Au final, elle nous offre un miroir de nous-mêmes souvent positif, de quoi prendre confiance et ne plus craindre le miroir que l’Autre nous renvoie.

    Les 4 mouvements de l’interaction avec l’Autre


    Interagir avec l’autre ne se fait pas toujours dans le même sens.
    Parfois, j’écoute l’autre. Parfois je m’écoute. Parfois je m’exprime, parfois je laisse l’autre s’exprimer. Il y a un temps pour chaque « mouvement ».
    Les faire en conscience en faisant à chaque instant le choix tantôt d’écouter, tantôt de s’exprimer, est un acte d’interaction, de communication et de profond respect de la vie : les besoins de soi et de l’autre sont des énergies de vie, chacune étant d’égale importance et elles doivent être respectées, que ce soit chez moi ou chez l’autre.

    Quels sont ces 4 mouvements ?
  • Ecoute de soi : capacité à entendre ses propres émotions, et derrière, ses propres besoins à tout moment de l’interaction.


  • Estime de soi : considérer que ses besoins sont aussi valables que ceux de l’autre. J’ai autant de valeur que mon interlocuteur. Me respecter moi, c’est alimenter la moitié de la relation. Inversement, si je ne me respecte pas, je fais encourir un risque majeur à la relation à moyen ou à long terme. Je ne peux pas être authentiquement en relation avec l’autre si mes besoins commencent à clignoter. Mon cœur va se fermer au bout d’un moment.


  • Ecoute de l’autre : comment j’écoute l’autre profondément, avec empathie, sans être dans une posture de conseiller, d’inquisiteur ou sans projeter mes propres blessures ou jugements sur l’autre. Ce savoir-faire est complexe et ne s’acquiert pas en un jour !


  • Expression à l’autre : comment j’exprime mes besoins, ma vérité avec mon assertivité, sans jugement et dans le respect de l’autre, en restant en lien avec lui même quand je lui pose une limite ou que je lui dis « non ». Cela inclut aussi la face positive, à savoir comment je célèbre ou j’honore des choses chez l’autre parce que justement, son action ou ses mots ont nourri certains de mes besoins.


  • Pour chacun de ces mouvements, la forêt apporte de nombreux avantages. Ils peuvent être mis au service :
  • de la gestion de conflit.

  • de l’entraînement (formation) à développer une posture relationnelle plus harmonieuse et épanouissante pour soi et pour son entourage.

  • C’est un peu comme si la forêt était un lieu de formation en Communication Non Violente !


    Les principaux bienfaits de la forêt au service de la relation


    Dans le précédent article de cette série sur la sylvothérapie, nous avons vu que la forêt apporte du recentrage et du ressourcement. En nous offrant un changement de cadre appréciable, elle nous sort de notre quotidien, du monde cadencé et nous permet d’entrer dans un autre espace-temps. Nous changeons d’environnement et nous plongeons dans un lieu qui n’est pas encore trop envahi par les sollicitations électroniques et la dictature de l’immédiateté.

    Le changement de cadre au service de l’apaisement, du recentrage, et de la prise de recul.
  • Il devient alors possible de nous déconnecter du superflu et de nous reconnecter à l’essentiel, en lien avec l’aphorisme qui circule beaucoup sur les réseaux sociaux en ce moment, et qui est ô combien vérifiable : « En forêt, il n’y a pas de WIFI, mais vous y trouverez une meilleure connexion ». Le recentrage est alors facilité, et ce, d’autant plus que les racines des arbres nous invitent à retrouver notre propre ancrage.
    La forêt nous amène à revenir au corps par deux média :
    - Le mouvement, et un mouvement naturel, pour lequel notre corps est optimisé (nous sommes issus de ce biotope).
    - Les sens. La stimulation sensorielle en forêt est maximale et complète : tous les sens sont sollicités et permettent de revenir à soi.


  • En plus du recentrage, le ressourcement est quant à lui permis par la beauté du lieu, le réveil du corps et la sensorialité, notre émerveillement, et la qualité de l’air, filtré et plus oxygéné. Progressivement, avec la diminution de la pression artérielle et du cortisol, l’hormone marqueur du stress, l’apaisement s’installe durablement.
    Cette diminution du stress est concomitante avec le renforcement du système immunitaire, grâce à l’action des phytocides (les molécules émises naturellement par les arbres pour créer leur propre système immunitaire). Les récentes découvertes scientifiques se sont intéressées à ces molécules et ont pu démontrer qu’elles renforçaient certains lymphocytes comme les cellules NK (natural killers), favorisant notamment la lutte contre les maladies dégénérative à long terme comme les cancers[i].


  • Le cerveau d’Homo Sapiens est adapté pour rechercher les couleurs vertes et bleues car l’évolution l’a amené à associer ces couleurs à la notion de sécurité alimentaire (c’est vert et bleu, donc il y a de quoi trouver des animaux terrestres, des poissons, et des végétaux).
    Ceci explique pourquoi les longueurs d’ondes correspondantes ont un effet apaisant sur notre cerveau, en générant un sentiment de sécurité, désormais dé-corrélé de la réalité d’Homo modernicus, qui a conservé pourtant le même cerveau.
    Et lorsque nos besoins primaires (au sens de Maslow) sont satisfaits (sécurité, alimentation...), le cerveau est bien plus disponible pour mettre en place des stratégies au service des autres besoins, dont l’apprentissage, le partage, le lien, l’appartenance, et bien sûr la créativité. Etre entouré de lumières vertes en forêt a donc un effet direct sur notre créativité.


  • Comme le disait Einstein :
    on ne peut résoudre un problème avec la même manière de pensée que celle qui l’a engendré.

    Il faut changer de niveau, ce qui implique de sortir du cadre.
    Le fait de changer de cadre apporte un élément important dans le contexte relationnel : le changement de perspective ou prise de recul peut avoir un effet bénéfique sur la relation éventuellement douloureuse. Qui n’a pas durant sa vie dit un jour à une personne : « Bon, écoute, il faut qu’on parle. Sortons faire un tour dehors ». Ce dehors est magnifié, sublimé s’il est un lieu de nature.
    Plus le cadre sera sauvage plus il sera différent, et donc les lunettes de vision du monde aussi. La forêt est le lieu idéal pour aller faire ce tour dehors et parler sérieusement : en plein air, entouré de vivant et générant des stimuli bien plus puissants qu’une salle fermée.


  • Quitter le bureau ou le foyer, quitter la routine, sortir des conditionnements habituels et entrer pour un moment dans cet espace-temps particulier qu’est la forêt offre ce changement de cadre. Il s’agit même d’un changement de perspective qui introduit de la disruptivité dans la manière d’aborder le problème car le cadre de la forêt est radicalement différent.

    La bio-inspiration et le bio-mimétisme : ce que nous inspire l’écosystème forestier


    Cet arbre proche de mon atelier : voici mon maître ! – Antonio Gaudi

    Les gens doivent voir les forêts et la vie sauvage comme le meilleur système éducatif que nous avons sur la planète. Si l’on devait perdre toutes les universités, nous ne perdrions rien, mais si nous perdons les forêts, nous perdons tout. – Bill Molisson, co-fondateur de la permaculture

    Qu'est-ce que le biomimétisme ?
    C'est la science qui étudie comment le vivant, résultat de 3,8 milliards d’années de Recherche et Développement, peut être imité pour résoudre des problématiques techniques (matériaux, formes) et organisationnelles. Il s’agit d’une discipline rigoureuse nécessitant de grandes qualités de chercheur [ii].

    Pour autant, la nature -et pas seulement le vivant au sens strict, mais aussi une vague, une montagne ou une dune- peuvent nous inspirer sans que nous n’ayons besoin de mobiliser un tel niveau de compétences scientifiques, simplement par associations d’idées. Cela peut se faire, même si l’association n’a aucun fondement naturaliste.
    Ce second phénomène de « transmission » est appelé la bio-inspiration.

  • Le bio-mimétisme va nous inviter à reconsidérer les relations entre les êtres.

  • Par ses rééquilibrages psychiques, le contact avec le vivant rétablit le sentiment d'empathie et les dispositions à la coopération. Baigner dans un environnement où la très grande majorité des relations entre les êtres sont des relations de coopération [iii] invite « naturellement » à favoriser ce mode et non pas celui de la compétition.
    Ce changement de paradigme relationnel est fondamental dans de nombreuses relations générant de l’inconfort ou de la souffrance. Si l’autre n’est plus vu comme un concurrent, il y a moins de chances qu’il soit vu comme une menace, et plus de chance qu’il puisse être considéré comme un soutien et une opportunité de vivre une relation gagnant-gagnant.

  • Quant à la bio-inspiration, elle va stimuler notre imagination et notre créativité.

  • En passant, par quoi notre créativité est-elle boostée ?
    Par la concentration (permise par le recentrage et le ressourcement, cette série de bienfaits décrite précédemment), par une meilleur oxygénation du cerveau (permise par la qualité de l’air - filtration et dioxygène) et par le mouvement - en effet, notre cerveau d’Homo sapiens est optimisé pour fonctionner à son plein potentiel si nous marchons chaque jour 14 km! [iv]
    Notre créativité va nous permettre de faire des associations d’idée qui peuvent nous inspirer dans nos relations. Juste en regardant les oiseaux interagir, je vais peut-être penser à ce qui motive telle espèce, ou m’inspirer de comment le mâle danse autour de la femelle ou encore de la façon dont un autre défend son territoire avec assertivité en s’arrêtant de poursuivre l’intrus aux limites de son territoire.

    La rencontre de l’Alterité et l’effet miroir de la forêt


    Rencontrer la Forêt, c’est oser confronter notre humanité à cette altérité profonde. Quelles émotions, énergies ou consciences nouvelles peuvent surgir en nous à travers cette expérience ? – François Terrasson

    La forêt engage une épreuve de soi, une réinterprétation de soi. S’y promener c’est se livrer à de singuliers exercices de soi. - J. P. Pierron

    En forêt, je dois nécessairement lâcher prise et m’abandonner à l’Autre, lui faire confiance. Je rencontre le monde non humain, qui habite la forêt dans une toile de relations très riches et complexes. Cette rencontre avec le non-humain est la confrontation avec l’Altérité - avec un grand A.

    1. Le premier effet de la rencontre de l'Altérité est le sentiment de reliance à la grande toile du vivant.
  • Découvrir tant de diversité des manières d’« être au monde » peut nous inviter à ressentir un profond sentiment de connexion, voire de transcendance.

  • Voir autant de formes de vie interagir, voir que chacun a sa place peut nous aider à prendre du recul dans nos relations douloureuses.

  • Si je me sens relié à un arbre parce que je partage un quart de mes gènes avec lui [v] et qu’en étant devant lui, je sens ce patrimoine commun au plus profond de mon être, alors quid de mon collègue de bureau avec qui c’est difficile en ce moment ?

    2. Le second effet de cette altérité est ce qu’elle va révéler de moi à travers ma manière de la recevoir : elle va créer un effet miroir puissant.
    La différence de manière d’ « être au monde » qu’il peut y avoir entre le scarabée et Roger, entre la buse et Roger ou entre un chêne et Roger va générer chez Roger des stimuli sur les plans émotionnels, sensoriels et intellectuels.
    Ces ressentis seront différents chez Roger et chez Célestine. Car il s’agira de deux être distincts, avec leurs propres histoires :
  • Le scarabée qui va faire crier Roger de surprise en la découvrant sur sa nuque avec sa main va peut-être faire éclater de rire Célestine ?

  • Le chêne au pied de qui Roger va s’adosser va l’apaiser tandis que Célestine y trouvera éventuellement de l’énergie pour aller de l’avant.

  • Les exemples peuvent être ainsi multipliés à l’infini. Au final, la question de fond est « que me disent sur moi-même mes réactions, mes sentiments, mes projections sur la forêt ? » Car, oui, finalement, et comme toujours, tout est histoire de projections !

    Imaginons Roger s’approchant d’un hêtre centenaire, droit, épais et haut. Au-delà de ces qualificatifs encore somme toute objectifs, Roger peut aussi le trouver puissant, élégant, rassurant, fort, beau, etc… Il va « projeter » sur lui son ressenti. Il va avoir des « jugements », positifs ou négatifs, sur sa manière d’être au monde. Comme Roger peut – tiens, justement ! - en avoir sur son collègue, son ami, son oncle, sa conjointe, un passant, une célébrité, ou encore un chien, une girafe, un chacal ou un paysage…
    Mais comme tous les jugements, comme toutes les projections, cela va surtout parler de Roger. Pourquoi Roger trouve si rassurant cet arbre, alors que ce même hêtre, au même moment, Célestine le verrait peut-être conformiste et sans personnalité ?


    De quoi cela parle ?
    Cela ne parle-t-il pas du besoin de sécurité chez Roger ? Ou, autre hypothèse, cela ne voudrait-il pas signifier que Roger connaît le goût de la sécurité si justement il arrive à la percevoir chez l’autre. Quel que soit cet autre (même si c’est un arbre) ? Et que si Roger connaît ce goût, c’est qu’il a lui-même cette capacité à rassurer en lui d’une manière ou d’une autre, au moins au stade latent.
    Vous pouvez remplacer « rassurant » par n’importe quel qualificatif que vous seriez amené à projeter sur un Autre. Et à chaque fois, cela parlera de vous. De votre besoin en rapport avec ce qualificatif, dans le passé ou maintenant, ou de votre capacité actuelle ou future à être vous-mêmes ainsi.

    La forêt nous offre cet « effet miroir » en permanence et c’est pour cela que nous avons besoin d’elle. Et ce d’autant plus que la plupart du temps, la forêt nous renvoie un miroir positif de nous-mêmes. De quoi à la fois prendre confiance en nous dans nos relations et aussi prendre conscience de ce qu’est une projection, afin de nous réapproprier nos projections quand nous avons des jugements sur un autre.

    Conclusion


    Les 4 mouvements de la relation sont fertilisés et sublimés par le fait d’être en forêt. A chaque mouvement de la relation, chacun de ces bienfaits est un facilitateur de la relation. Pour découvrir comment, le mieux est d’aller en forêt et d’expérimenter par soi-même !
    Comment la forêt m’aide à revenir à moi, à mieux m’écouter, à augmenter l’estime de moi, mes capacités d’écoute de l’autre et mon assertivité ?

    Par Serge Mang-Joubert
    - Guide en sylvothérapie / facilitateur en forêt

    Bibliographie :
    i - Dr Qing Li, Shinrin-yoku, « L ’Art et la Science du bain de forêt »
    ii - Gauthier Chapelle, Michèle Decoust, « Le Vivant comme modèle »
    iii - Pablo Servigne, « L’entraide, l’autre loi de la jungle »
    iv - Marion Trousselard, cours sur les neurosciences et le leadership à l’Ecole Centrale de Lyon
    v - Richard Powers, « L’Arbre Monde »

    Voir la page de Serge Mang-Joubert

    Le guide : Développement personnel


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